Laura Georges, secrétaire générale de la FFF fait le bilan de l’arbitrage féminin en France.

Aujourd’hui vous êtes Secrétaire Générale de la FFF, en quoi cela consiste ?
Mon poste de Secrétaire Générale de la Fédération consiste à représenter le président de la Fédération, Noël Le Graët, sur certains événéments que ce soit à l’international mais également sur le territoire français. Cette année en période de Coupe du monde, je suis ambassadrice auprès de notre comité d’organisation de la Coupe du monde féminine, et j’ai également pour dossier de développer et de promouvoir l’arbitrage féminin.
Que pensez-vous de la situation de l’arbitrage féminin en France aujourd’hui ?
L’an dernier, pour la saison 2017-2018, nous étions à 867 arbitres féminines. Cette saison nous sommes à plus de 1000 arbitres féminines, donc on a un bond de 17%. Aujourd’hui, on n’a pas à se plaindre au niveau de l’arbitrage, on est reconnu au niveau international avec des arbitres leaders telles que Stéphanie Frappart, qui est arbitre FIFA, qui va officer la Coupe du monde cet été, et qui a déjà arbitré la Coupe du monde U20F l’été dernier. On a des femmes qui sont au plus haut niveau, mais aujourd’hui on a quand même besoin d’avoir beaucoup plus d’arbitres dans nos championnats et nos compétitions, parce qu’on a beaucoup plus de compétitions féminines donc on a besoin de beaucoup plus d’arbitres, il faut savoir les garder. Donc aujourd’hui on a retravaillé notre plan de développement, afin d’accompagner nos ligues et nos districts pour avoir beaucoup plus d’arbitres, pour pouvoir les garder et les fidéliser.
Le plan de semi-professionnalisation de l’arbitrage va être lancé au mois de septembre prochain, pouvez-vous nous l’expliquer ?
On a voulu instaurer ce projet de semi-professionnaliser nos arbitres, c’est-à-dire d’aller un peu plus vite que les autres nations. On serait la première nation à proposer des contrats à nos arbitres féminines. Ça consisterait à leur proposer un contrat, ainsi que des indemnités de match, et elles auraient beaucoup plus de camps d’entrainement. Il faut savoir que nos arbitres n’ont que 2 camps entrainement durant la saison, mais avec ce contrat de semi-professionnalisation, elles auraient au minimum 6 camps d’entrainement. Aujourd’hui nos arbitres sont sur des matchs où elles ne peuvent pas communiquer entre elles (centrale et assistantes) donc on va leur fournir des kits oreillettes. Elles auront également un préparateur physique supplémentaire et un vrai suivi médical dès la saison prochaine. On augmente leurs conditions de préparation pour améliorer leur niveau. On a fait le constat que les joueuses du championnat français sont des joueuses qui vont jouer des Coupes du monde, des joueuses professionnelles, mais que nos arbitres sont des mères de famille qui travaillent et qui s’entraînent à côté. Aujourd’hui ce plan de semi-professionnalisation leur permettrait d’avoir des meilleures conditions d’entrainement et d’améliorer leur niveau.
Pourquoi ce plan de semi-professionnalisation n’arrive que maintenant ?
S’il n’arrive que maintenant c’est vraiment une volonté politique, une volonté de se dire que c’est le moment d’y aller, on va pas attendre des années pour proposer un contrat à nos arbitres. Actuellement, le seul pays qui a pensé à semi-professionnaliser l’arbitrage féminin c’est l’Angleterre, depuis 2015. On fait le pari, et je fais vraiment le pari qu’on puisse proposer dès à présent ce contrat à nos arbitres. Alors effectivement, on pourrait proposer beaucoup plus d’argent, mais il faut savoir et il faut retrouver la réalité : on est dans un championnat amateur. Donc c’est la Fédération qui met un budget à disposition pour les arbitres féminines. C’est une vraie volonté politique. Il fallait les mettre dans les meilleures conditions et leur proposer ce qu’il y a de mieux pour qu’elles puissent continuer à progresser.
Avec ce projet, les arbitres, pour progresser dans de meilleures conditions, devront-elles se spécialiser en centrale ou en assistante ?
Alors c’est vrai qu’avec ce contrat de semi-professionnalisation, on veut créer un corps arbitral assistantes. Aujourd’hui, l’ensemble de nos arbitres sont formées en tant qu’arbitres centrales. Alors aujourd’hui on leur demande de faire ce choix, parce que c’est aussi la volonté de l’UEFA et de la FIFA, d’avoir des arbitres qui sont spécialisées à ce poste. Malheureusement, qui dit spécialisation, veut dire aussi une rémunération qui est moindre lorsqu’on est assistante. Alors que les filles qui arbitrent en centrales ont des rémunérations plus élevées. Donc c’est un choix à faire, mais c’est également des opportunités à l’international qui sont réelles et c’est également pour faire progresser nos arbitres et améliorer le corps arbitral féminin. Parce qu’avoir des arbitres qui s’entraînent ensemble sur leurs spécificités, c’est améliorer le niveau de nos matchs.
Est-ce qu’il existe d’autres mesures ou projets envisagés par la Fédération afin d’améliorer l’arbitrage féminin en France ?
À la FFF, on a la volonté d’avoir ce contrat de semi-professionnalisation, qui est actuellement unique pour l’arbitrage français au niveau international. Mais après il ne faut surtout pas oublier le cœur de notre arbitrage c’est la base. Et une de nos volontés à travers notre plan c’est de mettre l’arbitrage dans les écoles au sein des programmes de football. Il faut aujourd’hui, qu’on puisse faire évoluer cette image de l’arbitrage, les jeunes doivent se rendre compte qu’il faut arriver à prendre des responsabilités, il faut leur donner l’envie de prendre ces responsabilités, de faire face aux situations de crise. Qu’ils soient arbitres demain tant mieux, mais si on peut mettre l’arbitrage dans les activités sportives à l’école, je sais qu’on pourra former dès demain des futurs leaders. Donc c’est notre volonté à la Fédération.
Une jeune fille qui commence à arbitrer aujourd’hui, peut-elle arriver vite à haut niveau ?
Alors il faut savoir qu’il y a beaucoup plus d’opportunités de faire du haut niveau quand on est arbitre. Aujourd’hui, on a plus de 160 000 joueuses, et très peu de places pour être en Équipe de France. Être arbitre aujourd’hui bah c’est beaucoup plus d’opportunités de faire du très haut niveau. On a des passerelles pour les joueuses de D1 et de D2, avec l’expérience de joueuse, elles peuvent passer très facilement à haut-niveau de l’arbitrage. Aujourd’hui le message à passer c’est qu’on peut jouer et arbitrer, après selon l’envie de la joueuse et selon son niveau pourquoi ne pas se lancer plus sérieusement dans l’arbitrage. En tout cas on encourage les joueuses à arbitrer également et après à faire leur choix.
Est-ce que la Coupe du monde féminine cet été en France peut apporter quelque chose à l’arbitrage féminin, ou créer des vocations ?
Alors, par rapport à la Coupe du monde qu’on accueille à la maison, et par rapport à nos arbitres, il va y avoir une journée spéciale médias pour nos arbitres. L’année dernière nous l’avons fait avec Clément Turpin. Donc il va y avoir une conférence de presse autour de deux arbitres, Stéphanie Frappart et Manuela Nicolosi, qui vont officier durant la Coupe du monde, pour mettre en avant leur activité et parler de l’arbitrage, c’est toujours un moment particulier. Et du côté de la Fédération, on va avoir une journée spéciale arbitrage féminin : on va faire venir des jeunes filles à Clairefontaine et les meilleurs espoirs féminins de l’arbitrage de D1 et de D2, et elles s’entraîneront ensemble. Et ensuite, en auditorium, on présentera notre plan de développement au grand public et on espère présenter nos arbitres semi-professionnelles et la 1000earbitre. Et le lendemain, en plus petit comité, on aura une rencontre avec tous les arbitres retenues pour la Coupe du monde féminine.