Bernard Valsaque, représentant de l’arbitrage du district de Meurthe et Moselle et formateur d’arbitres, et Rosa, arbitre féminine formée à l’A.S. Nancy Lorraine, nous livrent leur opinion, côté formation.

Bernard Valsaque
Comment les arbitres féminines sont-elles recrutées par la fédération ?
La fédération par le biais de son site internet partage des publicités comme l’affiche promotionnelle : « devenez arbitre »
Une joueuse peut-elle aussi devenir arbitre ?
On a le droit de faire arbitre-joueur (pas pour le même club, pour deux différents). Elles appartiennent donc à un club en tant que joueuse et un en tant qu’arbitre.
Quel est votre politique personnelle en termes de formation d’arbitres ?
Ma politique personnelle c’est que je n’envoie pas un arbitre directement à l’examen, mais je l’envoie seulement quand il a été suffisamment formé.
De quelle nature sont vos résultats ?
J’ai près de 99% de réussite dans les examens, je n’ai eu qu’un seul candidat rejeté. Je m’assure qu’ils soient prêts à 100%…
Les arbitres sont-elles formées afin de favoriser le « jeu » ?
Oui, c’est certain. On insiste énormément sur l’avantage au jeu offensif et sur la protection des joueurs.
Quelles sont les principales difficultés rencontrées en cas de non-recrutement ou non-remplacement ?
Si un club est en manque d’arbitre, un arbitre doit faire minimum 6 matchs / an (120 euros / arbitre manquant qui se cumule sur les années). Les clubs pro ont tous les ans l’obligation de présenter un candidat. Il sera refusé s’il échoue ou s’il ne se présente pas 6 matchs minimum. La fédération met la pression sur les directeurs de districts quand ils n’arrivent pas à remplir leur quota. L’amende en cas de non-respect des règles peut s’élever jusqu’à 600 euros par an. Leur objectif était d’augmenter les arbitres de 15% / an pour obtenir les subventions.
La Coupe du monde 2018 a-t-elle eu un effet positif sur le football féminin ?
Non, mais la Coupe du monde féminine va « booster » le football et l’arbitrage féminin.
Qui représentera à l’avenir l’arbitrage féminin ?
On a une arbitre en ligue 2 (et en ligue 1 depuis le 28 avril 2019, ndlr), qui officie à des coupes du monde. Stéphanie Frappart est notre fer de lance mais il faut que ça aille plus haut, il faut que l’on arrive à propulser une arbitre française au plus haut niveau et je pense qu’elle peut arbitrer en première division.
Aussi peu d’arbitres féminines donnerait plus de chances pour accéder au haut-niveau ?
La fédération pousse pour qu’on leur ouvre la voie » « à Strasbourg, ils vont faire au mois de mars un stage spécifique à l’arbitrage féminin. Il faut toujours se remettre en question. Il nous arrive de douter. Avoir des conseils derrière aide énormément.
La FFF propose un plan de professionnalisation de l’arbitrage féminin (septembre), combien d’arbitres concernées ?
Les arbitres professionnelles ne sont pas plus d’une quinzaine.
Comment sont-elles rémunérées ?
Ils sont rémunérés par la fédération qui leur verse une mensualité et des primes de match.
Le besoin d’arbitres est-il grand ?
Pour les équipes féminines, on essaie de mettre que des femmes. Parfois, on met des arbitres masculins, c’est un choix par défaut malheureusement.
Le problème est-il au niveau de l’encadrement ?
Y’a des clubs qui ont disparu par manque de dirigeants. Ils avaient les joueurs, les arbitres mais pas de dirigeant.
Rosa
Quelles sont les principales différences entre les rôles de joueuses et d’arbitres ?
On découvre une nouvelle vision du football : La manière d’intervenir auprès des joueurs et des deux équipes, la précision du placement sur le terrain (peu éloignée du ballon mais assez pour ne pas gêner le jeu), la psychologie et la gestuelle…
Qui décide de la formation des arbitres féminines ?
Chaque club choisit sa propre voie de formation pour les arbitres féminines.
Quelles ont été les points positifs depuis que vous êtes arbitre ?
On n’a pas exactement la même vision du jeu. On le voit des deux côtés et non d’un seul afin d’être parfaitement neutre. La concentration est primordiale car elle permet de rester objective et de se concentrer sur les faits, la gestion des émotions n’est pas identique car il ne faut pas trop être dans le jeu et observer chaque petit détail.
L’approche psychologique reste-t-elle toujours la même ?
Elle est très indispensable à la prévention et aux conseils réservés aux jeunes. Plus ils sont grands, plus on change notre manière d’approcher les rencontres, qu’on durcit progressivement.
La vie d’arbitre féminine est-elle compatible avec la vie privée ?
Ce n’est pas incompatible avec la vie privée au sujet du congé maternité. Certaines reviennent après.
Pensez-vous que l’arbitrage féminin connait un boom actuellement (médias) ?
Si les médias en faisaient plus, ce serait encore mieux. Maintenant on voit apparaitre les scores féminins sur le bandeau de l’Équipe. L’arbitrage n’est pas du tout mis en avant, les médias ne cherchent que le scoop. Le scoop c’est quand un arbitre se trompe pour le public. Les médias devraient relayer plus l’actualité positive de l’arbitrage afin d’encourager l’arbitrage et non, le descendre à la moindre erreur.