Félicien Gazon, arbitre en National 3, nous raconte les différences de la profession, entre femme et homme.

L’approche des arbitres féminines est-elle différente de celui des arbitres hommes ?
Oui, c’est une approche complètement différente. Il y a beaucoup moins de femmes que d’hommes dans l’arbitrage (825 femmes sur 25 000 arbitres, ndlr) même si ça se développe énormément. Quand tu es une femme, tu passes par la même formation initiale que les arbitres masculins. Tu as les mêmes préparations au tout début. Quand tu te dis “je veux devenir arbitre” tu te rapproches de ton district (de ton département) et tu suis la même formation initiale que les hommes. C’est après que les choses deviennent différentes. Si tu es une femme et que tu es repérée, tu intègres des filières différentes. Il y a très peu de femmes donc des places beaucoup plus restreintes. Par exemple, je rentre d’un stage inter-ligue à Dijon et sur une soixantaine d’arbitres présentes, il n’y avait que 5 femmes. Les femmes peuvent officier au centre en National 3 mais c’est uniquement possible si elles sont performantes en région. Cependant, elles ne peuvent pas officier au centre en National 2, en National, en Ligue 2 et en Ligue 1 car cela passe par une autre filière. Elles peuvent officier en D1 féminines si elles intègrent la Fédération. Une seule arbitre officie au centre en championnat de France national et en Ligue 2 chez les hommes, Stéphanie Frappart. Elle est assistée par Manuela Nicolosi. Voilà simplement 2 femmes qui arbitrent les hommes.
A combien est estimé l’écart de salaire entre les arbitres femmes et les arbitres hommes ?
En Ligue 1, un arbitre homme au centre gagne en moyenne 3000€ par match. En Division 1, une arbitre femme au centre gagne en moyenne 300€ par match. Les niveaux de rémunérations sont complètement différents voire scandaleux. Par contre, il faut savoir qu’en Ligue 1, tout est pris en charge. L’arbitre doit venir la veille, rester avec son groupe et rester jusqu’au lendemain. Cela se passe sur trois jours (la veille, le jour de match, le lendemain du match). Chez les femmes, tu arrives le matin du match et tu repars après le match. Il n’y a pas de contraintes temporelles.
Comment expliquer ces écarts de statistiques globales entre les arbitres hommes et femmes ?
De base, je pense que le football est un sport exclusivement masculin bien que le football féminin soit en développement. Il y a très peu d’équipes féminines dans les villes. Par exemple, quand j’ai commencé l’arbitrage il y a 5 ans dans mon district, j’ai aucun souvenir d’équipes féminines dans les villes. Aujourd’hui, il y a quand même une équipe féminine par ville. C’est quelque chose qui se développe énormément. Avec ces équipes féminines, les joueuses se multiplient et les arbitres féminines vont arriver à leur tour, petit à petit. Sur les cinq dernières années, le nombre d’arbitres féminines a explosé passent de 200 à 1000.
Qu’est-ce qui est mis en place pour pousser les femmes à devenir arbitres ?
La Fédération Française de Football est énormément tournée vers les femmes, que ce soient des joueuses ou des arbitres. Elle pousse au recrutement des arbitres féminines. Par exemple, lors de mon stage à Dijon, l’accent a été mis sur le football féminin. Même si le nombre d’arbitres féminine ce week-end était très faible (5 femmes sur 60 arbitres), leur présence est optimiste. Il y a une ouverture d’esprit et une ouverture de la Fédération qui fait signe à ces femmes arbitres qu’elle a besoin d’elles. Je pense que ce chiffre va être exponentiel. Avec la Coupe du Monde Féminine qui se profile en juin, l’image de l’Équipe de France va être importante. De plus, il y a une arbitre française qui va exercer au plus haut niveau, Stéphanie Frappart. Cela devrait susciter des vocations à l’arbitrage féminin par la suite.
Stéphanie di Benedetto vient de la ligue Paris Ile-de-France comme moi. Elle a commencé l’arbitrage il y a longtemps mais d’abord au niveau régional sans arbitrer des rencontres de haut niveau. Je lui ai fait la touche lors d’un match de U19 féminine avec le PSG et j’ai tout de suite vu que l’arbitrage était sa passion. Elle a toujours voulu persévérer dedans. Depuis quelques années, elle a été reconnue par la ligue qui lui a donné la possibilité d’exercer au centre lors de matchs de seniors. Elle a pu arbitrer des matchs de R1 et de R2 au centre. Elle a progressé de cette façon. Aujourd’hui, elle fait la touche en National 3. Côté féminin, elle a évolué en Division 2 puis a intégré la Division 1. Elle a reçu l’écusson FIFA au mois de janvier, ce qui prouve sa nouvelle reconnaissance au niveau européen. Cela s’est fait assez rapidement sur les deux dernières années et prouve ainsi que la Fédération pousse les femmes motivées et passionnées à grimper les échelons au plus vite. Il y a la place pour elles. Finalement, c’est beaucoup plus facile d’accéder à la Fédération pour une femme qu’un homme. Il y a moins de candidates donc c’est plus “facile”. Pour un homme c’est plus compliqué car c’est très sélectif. Je ne pense pas qu’il y aura autant de femmes arbitres que d’hommes arbitres mais je suis très optimiste pour la suite. Si tu es une fille et que tu aimes l’arbitrage, c’est le moment !
Y a-t-il un manque de médiatisation de l’arbitrage féminin ?
Complètement. Exemple, en Division 1 féminine, il y avait quelques clubs qui sortaient du lot : Lyon, PSG, Juvisy (Paris FC), Montpellier. Il y en a quelques-uns qui ont pu se montrer à l’échelle européen, en Ligue des Champions notamment (Lyon et PSG). Ça reste cependant très léger comme médiatisation. Ça se limite aux gens qui connaissent le football mais sans plus. Les compétitions internationales sont les plus regardées grâce à l’Equipe de France contrairement aux compétitions nationales. COUP DE TONNERRE ! Canal+ a racheté cette année les droits du championnat féminin. Tous les week-end, j’ai arbitré. J’ai notamment arbitré à la touche PSG-DIJON et on est passé en direct sur CANAL+ Sport le samedi à 15h. Tu arbitres un match retransmis à la télévision et tu attires les spectateurs, donc plus d’intérêts au football féminin. La Coupe du Monde féminine va sûrement être un carton d’audience et va permettre au football féminin de faire un grand bond dans le nombre de licenciés. Chaque grand événement sportif en France permet une augmentation du nombre de licenciés. Ce sera plus difficile de susciter des vocations pour l’arbitrage féminin que joueuses au sens large.
Que faudrait-il faire pour susciter davantage de vocation pour l’arbitrage féminin ?
Susciter le football féminin aux femmes est déjà difficile. L’arbitrage féminin l’est encore plus. Il faut changer les mœurs, les mentalités. Je vais dire quelque chose de stupide mais quand j’étais gamin les garçons jouaient au football dans la cour de récréation et les filles jouaient à la danse et à la gymnastique (des activités plus “féminines”). On devrait pousser les enfants dès leur plus jeune âge au sport qui leur plaisent, football ou non. Je pense que c’est de cette façon qu’il y aurait plus de femmes pratiquant des sports collectifs et notamment le football, le sport le plus populaire. Quand il y aura au moins une équipe de football féminine dans chaque club, à chaque niveau d’âge. Il y aura un développement des championnats et cela donnera lieu à des nouveaux postes dont celui d’arbitre féminine. Personnellement, je pense que le football est un beau sport qui manque de femmes. J’attends un bon des licenciés après la Coupe du Monde Féminine. L’arbitrage féminin doit montrer une belle image pendant cet événement.
Quelle est la situation économique chez la plupart des arbitres féminines ?
Aujourd’hui, la plupart des arbitres féminines ne peuvent pas vivre de leur passion. Elles sont obligées de faire un autre travail à côté alors qu’un arbitre homme ne ferait que son métier d’arbitre. Il y a des entraînements, des matchs. C’est très physique. J’ai rencontré quelques arbitres féminines et je trouve que ce qu’elles font est très fort. Certains week-end, elles doivent voyager au bout de la France, la semaine elles doivent s’entraîner et derrière elles ont un, voire deux boulots en plus. En termes de gestion d’emploi du temps, cela demande énormément d’organisation de la part de ces femmes. C’est difficile. Après la performance de la Coupe du Monde 2011 quand les Françaises avaient terminé 4e du tournoi puis en 2015 quand elles sont arrivées en quart de finale, il y a eu une explosion du nombre de licenciés en France. J’espère que la Coupe du Monde Féminine 2019 qui se passe en France va susciter des vocations au sein de l’arbitrage.