L’interview croisé de Stéphanie Frappart et Patrick Lhermite, vice-président de la commission fédérale.

Pourquoi si peu de femmes arbitrent aujourd’hui ?
Il n’y a pas assez de joueuses à la base. Plus on aura un vivier de joueuses plus on aura d’arbitres. Là on a fait la première étape, les joueuses, maintenant il faut se concentrer sur les arbitres.
C’est la seule raison ?
Être arbitre ce n’est pas le rêve de toutes les joueuses. Demander leur si elles veulent devenir arbitre et vous verrez. La première envie ce n’est pas de devenir arbitre. C’est ça plus compliqué : il est déjà difficile de trouver des arbitres chez les garçons, alors chez les femmes… avec un vivier moins important.
Un changement semble pourtant s’opérer…
Aujourd’hui, les filles regardent plus les matchs à la télé, et ont donc une culture foot plus importante qu’il y a 10 ans. De plus, les barrières sont levées. La médiatisation du football féminin se met en place, maintenant que la D1F est retransmise. On voit des femmes arbitres et on peut se dire : ah oui c’est possible d’être une femme et d’arbitrer.
Comment inciter davantage de femmes à emprunter le chemin de l’arbitrage ?
Il faut organiser des passerelles avec les anciennes joueuses mais aussi faire du buzz sur l’arbitrage féminin pour expliquer que par l’arbitrage féminin on peut arriver très vite à haut niveau. Depuis 2 ans, des campagnes de mailing sont envoyées à toutes les licenciées dans le but de les sensibiliser, de les accompagner, si elles sont intéressées elles sont recontactées derrière, puis assiste à un tutorat dans les ligues et les districts. On est en contact avec tous les clubs féminins et même les clubs d’athlétisme.
D’autre part, on a obligé les clubs féminins à fournir des arbitres et donné l’obligation d’avoir des arbitres féminines (seulement en D1F).
Enfin, on va proposer un contrat de prestation aux arbitres de D1F pour qu’elles puissent se mettre à 80%/ 75%, et ainsi qu’elles s’entraînent plus et soient plus performante.
Quelle est la cible ?
Il y a deux catégories : les anciennes qui commencent à basculer sur la fin de carrière et la nouvelle génération qui arrive.
Justement cette nouvelle génération, quel message lui faites-vous passer ?
Une fille qui commence à arbitrer aujourd’hui, si athlétiquement elle est bien, qu’elle continue de bosser physiquement et techniquement, elle a toutes ses chances d’arbitrer rapidement à haut niveau.
Être arbitre aujourd’hui c’est aussi vivre des grandes rencontres, des événements internationaux comme les JO, la Coupe du monde, l’Euro… Il vaut peut-être mieux choisir une carrière d’arbitre et vivre des moments majeurs comme ça plutôt que de chauffer le banc de touche pendant plusieurs saisons.
Que va changer le plan de semi-professionnalisation des arbitres féminines ?
Il va y avoir une augmentation des indemnités, des contrats de prestation de service et donc des salaires fixes. Cela va permettre à ces femmes de ne pas être obliger d’arrêter le travail qu’elles font à côté mais peut être de faire le choix du temps partiel. Il y a une vraie volonté du Président Noël Le Graët et du comité exécutif de développer l’arbitrage féminin.
Le management doit-il être différent entre les filles et les hommes ?
Chez les filles il y a besoin de plus d’accompagnement, de convivialité, qu’elles soient entourées. C’est un problème mal compris au départ. Avant des hommes étaient à la tête de la commission féminine, ils manageaient filles et garçons sans distinctions.
Alors que Stéphanie a un rapport de confiance avec les arbitres de D1F depuis qu’elle est à la tête de la commission.
Où se situe la France par rapport aux autres nations européennes ?
On n’est pas trop mal en termes de quantité et de qualité. L’Allemagne est un peu au-dessus parce qu’elle a plus de licenciées, mais nous, nous avons Stéphanie qui est dans le top 3 international.
Pour moi la reconnaissance c’est la sélection pour les grandes compétitions. Là pour la coupe du monde on est 9 européennes donc on est dans le top 9. Aux derniers JO on était 4, alors forcément vous vous dites je fais partie du top 4.
On va prendre les devants avec la professionnalisation de l’arbitrage féminin, ce qui n’existe nulle part ailleurs dans le monde ( En fait en Angleterre depuis 2015, ndlr).