Emma Hingant, arbitre assistante en cinquième division masculine et centrale dans tous les niveaux féminins en Ecosse, nous raconte son parcours et se montre pleine d’espoir quant à la féminisation du football dans les années à venir.

Comment êtes-vous devenue arbitre ? Est-ce que cela a toujours été votre rêve ?
Ce n’était pas franchement un « rêve » de devenir arbitre, mais plutôt un bon moyen de
rester dans le football après avoir arrêté de jouer. J’ai voulu devenir arbitre car je
jouais de moins en moins en club et surtout, mes chevilles souffraient vraiment des
tacles et des efforts à produire en général. Quand tu es arbitre, tu cours pas mal pendant un match (plus ou moins 10km en central, 5-6km sur la touche en moyenne) et tu t’entraînes beaucoup, voire plus qu’en étant joueuse, mais tu n’as pas les chocs des tacles, ce qui est très appréciable.
Le copain d’une de mes coéquipières était arbitre donc je lui ai demandé comment
faire pour devenir arbitre et il m’a dirigée vers l’association des arbitres d’Edinburgh.
C’est comme ça que je suis devenue arbitre.
Comment s’est déroulée votre formation ?
Je suis allée en cours une fois par semaine, pendant 16 semaines il me semble. C’est
simple : on a appris les lois du jeu par cœur. On a vu beaucoup de vidéos, des mises
en situation, etc… On a appris à utiliser le drapeau aussi et à faire les signaux d’arbitre.
Sur la vingtaine d’inscrits, on était 4 filles. Deux d’entre elles étaient joueuses aussi,
mais voulaient avoir une meilleure compréhension des règles. Elles n’ont jamais
arbitré par la suite, même si elles ont réussi leur test. L’autre a dû passer au rattrapage
pour son test et a arbitré par la suite, mais a très vite arrêté car elle faisait des matches
catastrophiques. Il s’avère qu’elle avait été poussée par son père et son frère à devenir
arbitre et qu’elle n’était pas du tout faite pour ça.
Quand êtes-vous partie en Ecosse et pourquoi ?
Je suis partie de France en 2004 à la fin de mes études. Je me suis installée en Irlande
où j’ai trouvé du travail. Là-bas, j’étais joueuse, mais j’avais demandé un jour à un
arbitre de notre match comment devenir arbitre et il ne m’avait pas prise au sérieux,
donc je n’avais jamais eu de réponse. C’était déjà quelque chose qui m’intéressait.
Ensuite, j’ai emménagé à Édimbourg en 2007, car c’est une des plus belles villes que j’ai
visitées en Europe. Je suis freelance, donc je peux travailler d’un peu partout, mais j’ai
eu le coup de foudre pour Édimbourg.
Vivez-vous de votre activité ? Pouvez-vous me décrire les grandes lignes d’une semaine type pour vous ?
Je ne vis pas de l’arbitrage. Je fais en général 2 matches par week-end : arbitre assistante en cinquième division masculine le samedi, et arbitre centrale dans tous les niveaux féminins (de la Premier League à la 2nd division) le dimanche. Donc ce n’est pas assez pour en vivre. Ce n’est qu’un hobby.
Ma semaine-type : je travaille la semaine, je m’entraîne le midi ou le soir (2 fois par
semaine) + le mercredi soir, il y a l’entraînement collectif avec les arbitres – tous les
arbitres de toutes les catégories, ce qui fait qu’on s’entraîne avec les arbitres de
Premiership aussi – et j’ai mes matches le samedi et le dimanche.
Comment expliquez-vous que la très grande majorité des matchs de football masculin soit arbitrée par des hommes ? Est-ce également vrai en Écosse ?
Déjà, la grande majorité des matches de foot masculin sont arbitrés par des hommes
en raison du faible pourcentage de femmes par rapport aux hommes qui sont arbitres.
S’il y a 10 femmes arbitres et 100 hommes arbitres, forcément il y aura plus de
matches arbitrés par des hommes.
Ensuite, en Écosse, pour arbitrer à un certain niveau, il faut constamment
réussir un examen physique contraignant. Les arbitres et arbitres assistants doivent les
passer régulièrement pour s’assurer qu’ils sont au top physiquement. Je pense qu’il y a
l’égalité des chances entre les hommes et les femmes. Les femmes qui réussissent le
test physique ont autant de chances d’être incluses que les hommes qui réussissent le
test physique.
En Écosse, nous avons deux femmes qui « poussent » du côté des hommes. L’une en
tant qu’arbitre, l’autre en tant qu’assistante. Kylie Cockburn a d’ailleurs été
sélectionnée pour être arbitre assistante à la Coupe du Monde Féminine cet été en
France. Elle est assistante en Scottish Cup masculine et dans les championnats
professionnels écossais, mais pas encore en Premier League il me semble.
Avant elle, Lorraine Watson a arbitré dans les championnats professionnels écossais
aussi, en centrale. Elle était la première à le faire. Elle a eu un bébé l’année dernière,
ce qui a mis un frein à sa carrière. Je ne sais pas si elle va revenir, mais c’est aussi un
choix qu’une femme doit faire dans une carrière sportive, surtout que les arbitres sont
souvent plus « âgés » quand ils commencent à se faire une belle carrière. Un joueur
aura une carrière sur 18-35 ans. Un arbitre peut commencer à 16 ans, mais vraiment
avoir des matches de très haut niveau (Champions League, Europa League, Coupe du
Monde, etc.) entre 30-45 ans. Les femmes arbitres doivent donc faire un choix, même
si certaines femmes n’ont aucun problème à revenir au top après une grossesse. Il y a
quelques années, une de nos arbitres assistantes FIFA en Écosse (Vikki Robertson)
était arbitre, a eu un enfant et elle est revenue sur la liste FIFA après la naissance de
sa fille. Mais forcément, cela donne un coup d’arrêt à une carrière.
test physique.
En Écosse, nous avons deux femmes qui « poussent » du côté des hommes. L’une en
tant qu’arbitre, l’autre en tant qu’assistante. Kylie Cockburn a d’ailleurs été
sélectionnée pour être arbitre assistante à la Coupe du Monde Féminine cet été en
France. Elle est assistante en Scottish Cup masculine et dans les championnats
professionnels écossais, mais pas encore en Premier League il me semble.
Avant elle, Lorraine Watson a arbitré dans les championnats professionnels écossais
aussi, en centrale. Elle était la première à le faire. Elle a eu un bébé l’année dernière,
ce qui a mis un frein à sa carrière. Je ne sais pas si elle va revenir, mais c’est aussi un
choix qu’une femme doit faire dans une carrière sportive, surtout que les arbitres sont
souvent plus « âgés » quand ils commencent à se faire une belle carrière. Un joueur
aura une carrière sur 18-35 ans. Un arbitre peut commencer à 16 ans, mais vraiment
avoir des matches de très haut niveau (Champions League, Europa League, Coupe du
Monde, etc.) entre 30-45 ans. Les femmes arbitres doivent donc faire un choix, même
si certaines femmes n’ont aucun problème à revenir au top après une grossesse. Il y a
quelques années, une de nos arbitres assistantes FIFA en Écosse (Vikki Robertson)
était arbitre, a eu un enfant et elle est revenue sur la liste FIFA après la naissance de
sa fille. Mais forcément, cela donne un coup d’arrêt à une carrière.
Pensez-vous qu’un jour on verra une femme arbitrer une finale de Ligue des champions masculine ou une finale de Coupe du monde ?
Je ne vois pas pourquoi cela n’arriverait pas. Il faudra cependant que les instances
fassent en sorte que cela arrive, du plus petit niveau au plus haut. À l’heure actuelle, il y a plusieurs étapes « administratives » pour pouvoir être sur la liste des arbitres FIFA : l’association régionale d’arbitres doit te recommander à ton association nationale. Celle-ci doit ensuite te recommander à l’UEFA/FIFA qui doit ensuite valider ce choix. Il faut donc un déclic pour que toutes les instances poussent une femme à arriver au plus haut niveau. Si, comme un homme, elle a le niveau physique requis et de bonnes observations dans un championnat masculin, il n’y a aucune raison pour qu’elle n’arbitre pas une finale de Ligue des champions masculine.